Dissimulés sournoisement dans un coin de ma tête, attendant que je relâche mon attention pour s'incruster brusquement dans mes pensées, détruisant petit à petit le bonheur que j'ai réussi à accumuler depuis l'année passée, entraînant avec eux les pleurs et la rage oubliée. »
« Prostrée dans mon coin, j'attends. J'attends que mon coeur cicatrise, que cette plaie béante au milieu de ma poitrine se résorbe pour que je puisses enfin respirer autrement qu'avec l'aide des autres, sur qui je m'appuie beaucoup trop.
«Je ne dors plus. Je ne mange plus. Rien ne m'intéresse, tout m'insupporte. Fatalement, inexorablement, tout recommence ; de nouveau j'ai trébuché, de nouveau la roue s'est remise à tourner. Et moi je ne peux que la fixer en train d'évoluer sans moi, hébétée d'être à nouveau trompée. Je suis hors du temps. Décalée. Dépassée par les événements. Aussi perdue que si c'était la première fois que la trahison me rattrapait.»
«Enterrée dans sa fosse de peine qu'elle a creusée elle-même
Une pauvre fille contemple les cicatrices dont la fautive est sa propre lame
De nombreuses cordes lui sont lancées
Mais entêtée dans son malheur, rendue aveugle par les larmes
Elle préfère s'y pendre plutôt que de s'y hisser. »
«Adolescente stupide, abrutie par un temps où le suicide est à la mode
Adolescente qui s'amuse à étioler sa vie à peine entamée sous des prétextes factices
Adolescente incomprise et incertaine dont le mutisme la condamne à errer, le dos courbé sous le poids de la culpabilité[...]»
« L'incompréhension. Les questions, le manque de réponses. Ca + ça + ça. La fureur puis la peine. Les larmes. La douleur physique et mentale. L'oubli de soi-même et des autres.
Je veux arracher cette part de moi. Je veux la déchirer en mille morceaux, comme on déchirerait une page ratée de sa vie couverte de ratures de son journal intime ; je veux la jeter dans les flammes et regarder avec soulagement les fragments de mon désespoir se consumer en se tordant de douleur. Je veux oublier. Je veux oublier. Je veux oublier. A tout jamais. »
Mais c'est trop tard.
Je l'ai gardé enfouie en moi, à tort ;
elle s'est réveillée maintenant, alertée par les battements assourdissants de mon c½ur brisé et me dévore de l'intérieur.»